Le vrai coût du grand stade de LilleDispendieux ou indispensable pour la métropole lilloise? Alors que la polémique sur le prix de la nouvelle enceinte sportive du Losc fait rage, L'Express refait les comptes. FOOT -
"C'est l'équivalent du Stade de France et de Bercy réunis, mais avec deux fois plus de places pour la salle de spectacles."p. huguen/afp
Le grand stade de Lille est-il trop cher? Difficile à dire, tant l'équipement est unique en son genre. "C'est l'équivalent du Stade de France et de Bercy réunis, mais avec deux fois plus de places pour la salle de spectacles", a coutume de rappeler Bertrand d'Hérouville, PDG d'Elisa, la filiale d'Eiffage qui a réalisé le chantier. "C'est un superbe ambassadeur des technologies de notre région. Un formidable outil d'attractivité", s'enflamme Pierre de Saintignon, premier adjoint au maire de Lille, qui y voit d'évidentes retombées économiques. Alors, juste prix ou gabegie? Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que
la communauté urbaine de Lille va débourser beaucoup plus que ce qui était initialement prévu. Officiellement, le chantier s'élève à 324 millions d'euros. A la faveur de la signature d'un partenariat public-privé (PPP), Eiffage avance l'argent et touche chaque année une redevance pendant trente et un ans. "Le prix du stade est très compétitif par comparaison aux autres stades européens, estime Xavier Thuilot, ancien directeur général du Losc. Il s'agissait d'un des premiers PPP et les entreprises du BTP se sont arrachées pour le décrocher." Il se dit même qu'Eiffage a perdu de l'argent sur ce chantier vitrine, plus complexe à réaliser que le viaduc de Millau. L'addition ne se limite cependant pas à ce montant.
Une redevance liée aux résultats du LoscIl faut d'abord ajouter les
170 millions d'euros déboursés par les collectivités locales pour les travaux de voirie et d'accès au stade. En outre, le changement de zonage sismique du grand stade, entériné fin 2010, implique des travaux complémentaires à la charge de la communauté urbaine. "L'article 15.3 du contrat est très clair là -dessus, insiste Bertrand d'Hérouville. Nous n'avons pas à payer puisque le PPP a été signé avant le changement de la loi." Difficile de connaître l'ampleur du surcoût.
Le Canard enchaîné a évoqué 96 millions d'euros. Un chiffre que le dirigeant qualifie de "totalement fantaisiste".
Mais ce n'est pas tout.
La redevance prévoit une partie variable liée aux résultats du Losc et au taux de remplissage du stade. Si ce dernier dépasse 70 %, la communauté urbaine de Lille est intéressée aux bénéfices. A l'inverse, si les résultats sportifs sont mauvais - a fortiori, si l'équipe redescend en Ligue 2 -, le surcoût est dément. "Cela se chiffre en dizaines de millions d'euros", reconnaît Pierre de Saintignon. D'où les vives protestations des élus Europe Ecologie-les Verts, opposés à l'équivalent d'emprunts toxiques d'un nouveau genre, puisque les investissements publics sont liés à des compétitions sportives par essence aléatoires.
Cerise sur le gâteau,
Martine Aubry a décidé de reprendre à son compte le contrat de naming, sûre de décrocher le jackpot (voir ci-dessous). Las! Le grand stade n'a toujours pas de nom et les 33 à 40 millions d'euros attendus sur dix ans sont chaque jour plus hypothétiques. La seule consolation vient des gains substantiels réalisés grâce à la renégociation drastique des taux d'intérêt dus à Eiffage. Une compensation précieuse, mais qui ne "dessale" l'addition qu'à la marge.
Article issu d'un dossier Régions "Lille Lens Valenciennes: Révélations sur les réseaux du foot" en vente à partir du mercredi 17 octobre dans le Nord-Pas-de-Calais.
Nom de nom "Ils se sont faits avoir comme des bleus." L'avis de ce dirigeant sportif est sans nuance, mais il résume bien le casse-tête auquel la communauté urbaine de Lille est confrontée. En 2009, la collectivité récupère le contrat du naming du grand stade de Lille au Losc, persuadée qu'elle trouvera mieux que les 2,3 millions d'euros de redevance annuelle sur dix ans proposés initialement par le club. La société Sportys ne lui promet-elle pas 3,8 millions d'euros? Las! Celle-ci dépose le bilan quelques mois plus tard. Entre-temps, la crise est passée par là et les entreprises ne se bousculent pas au portillon.
Comme L'Express est en mesure de le révéler, Allianz s'intéresse un temps au dossier, puis Sports Direct, concurrent du géant nordiste Decathlon. Mais rien ne se concrétise. Et le doute s'installe. "Il faut des commerçants pour vendre à des commerçants", tacle Michel Seydoux. Les grands patrons du Nord, pressés par Martine Aubry, renâclent à investir dans le sport-spectacle. Pressenti, Decathlon reste ferme sur sa position de ne jamais accoler sa marque à un sport professionnel. Pierre de Saintignon, missionné par Martine Aubry sur ce dossier sensible, continue d'évoquer des "discussions très avancées", sans exclure l'idée d'une "marque fédératrice" qui réunirait plusieurs enseignes régionales. En espérant vaincre le scepticisme croissant.
Source :
http://www.lexpress.fr/actualite/sport/ ... 77507.html